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Présentation de l'initiative

Contexte et sens de l'initiative

En Afrique subsaharienne francophone, 50 ans après les indépendances, la production cinématographique "classique" - c'est-à-dire essentiellement subventionnée par les soutiens du Nord - va dans le mur. Le nombre de longs-métrages produits selon ce modèle par année ne s'élève pas à plus de 3 ou 4… contre 20 par année il y a encore 15 ans. On ne les voit pas sur les écrans de cinéma européens ni dans les festivals significatifs dans le monde, le réseau de salles dans la région est presque anéanti, la relève ne trouve pas sa place auprès des "anciens", la professionnalisation des acteurs africains de la production est en panne.

Bref, les mécanismes de financement et de politiques culturelles (quotas, régimes d'exceptions, etc.) Nord-Sud n'ont pas permis d'établir les conditions d'une production sereine et pérenne. Les Etats africains n'ont pas davantage établi des politiques culturelles qui puissent prendre le relais de celles du Nord. Pas de dispositifs d’encadrement et de dynamisation des marchés nationaux et régionaux, pas d’instruments juridiques, financiers et fiscaux appropriés.

D'un autre côté, une nouvelle page s'ouvre depuis quelques années. Les nouvelles technologies bouleversent l'économie du secteur et donnent à multitude de cinéastes de la région la possibilité de produire des films dits «low budget», dans une économie Sud-Sud.

Un cinéma populaire apparaît en Afrique francophone, produit par et pour un marché local, sur des bases entrepreneuriales mettant la rentabilité des films - donc leur succès auprès du public - au coeur du système.

Dans chacun des pays d’Afrique subsaharienne francophone ce phénomène est tangible, mais il s’exprime de manière différente en fonction du contexte. Tenant compte du parc de salles à disposition, de la qualité des infrastructures, des moyens mobilisables ainsi que de la situation politique, l’existence d’un cinéma fait par des Africains pour des Africains émerge et s'enracine d’une manière spécifique à chaque pays.

Ce mouvement est irréversible et convaincant. Le public est connecté avec ces films, il se sent engagé. Il y a clairement demande… reste donc à adapter et développer l'offre qui a trop longtemps ignoré les publics locaux, reste à consolider un modèle de production et de distribution autochtone et viable pour l'Afrique francophone.

Un premier pas concret

Dans ce contexte, le Burkina Faso présente un certain nombre de particularités, telles qu'une volonté politique de maîtriser le média cinéma dès les années soixante, le FESPACO qui ,dès sa première édition en 1969, inscrit le cinéma dans l’aire culturelle et économique burkinabè, un parc de salles bien développé (60 salles quadrillant le pays à l'époque, une douzaine encore aujourd'hui), une télévision nationale et une direction générale de la cinématographie actifs ainsi que plusieurs instituts de formation de base ou professionnelle aux métiers du cinéma.

Le Burkina Faso a donc vu sa production autochtone prendre son envol au cours de ces dix dernières années, et les 3 à 4 films produits chaque année dans une économie précaire mais maîtrisée, sont aujourd’hui largement en tête du box-office national.

Avec des budgets de l’ordre de 50'000 €, ces films sont financés via des sponsors locaux, les investissements propres des producteurs, quelques rares aides du nord encore disponibles, et, pour près de 50% avec la part des recettes réalisées en salles revenant au producteur (soit 40 à 50% des sommes payées au guichet par les spectateurs). Depuis quelques années, il arrive régulièrement qu’un film burkinabè soit vu par plus de 100'000 spectateurs, qui payent leur place entre 100 et 1'000 F CFA (15 centimes d'€ à 1,5 €).

Du point de vue des exploitants, le marché pourrait aisément absorber 10 à 12 films nationaux par an. Les films burkinabè sont les plus prisés du public, cette offre permettrait, selon eux, de rouvrir à brève échéance certaines salles et de réactiver un réseau aujourd’hui paralysé, entre autre, par le manque d’offre.

Les films burkinabè, produits pour le public local, ne sont pas ou quasiment pas connus dans le Nord. Les producteurs et réalisateurs, les techniciens et acteurs impliqués sur ces films, n’ont pas pour but de convaincre des aréopages de décideurs férus de dramaturgie occidentale à Berlin ou Paris, ou des programmateurs du nord spécialisés dans l'exotique cinéma du Sud… Non, ils ont comme unique préoccupation de convaincre assez de spectateurs burkinabè de payer leur place et ainsi générer une recette pour leur permettre de survivre et de produire un prochain film. Qui s’en plaindrait?

La vitalité et le côté vertueux de ce système de production doit être souligné. Fruits de démarches entrepreneuriales courageuses mises au service de la passion de raconter des histoires, les films burkinabè parviennent à exister. Ce petit prodige tient aussi au fait que les exploitants, malgré un contexte économique difficile, assurent un engagement et une rigueur indispensable au bon fonctionnement du système.

La fragilité du système est toutefois bien réelle également. Ces films - malgré leurs coûts de production très bas et leur succès en terme d'audience - ne peuvent, vu l’étroitesse du marché, que très difficilement être rentables. Dès lors, les sociétés de production ne survivent que grâce à des activités annexes et à des mises en participation des salaires des uns et des autres.

Un apport mesuré de moyens financiers supplémentaires pour consolider cette économie émergente sans la dénaturer, pour soutenir et pérenniser ces entreprises de production et pour augmenter le nombre de films produits à un niveau absorbable par le marché, paraît donc sensé.

C'est dans cette perspective que les producteurs burkinabè ont développé, au cours de ces deux dernières années, une initiative intitulée «Succès Cinéma Burkina Faso» qui institue une aide automatique liée au succès des films en salles.

Charte, statuts et règlements Archive: Rencontre de lancement, 27 - 29 février 2012, Ouagadougou